Le plaisir s’oppose t il au bonheur ?

La notion de plaisir se réfère avant tout à des mécanismes de biologie moléculaire. La dopamine en est le principal neuromédiateur. Sa sécrétion peut être déclenché artificiellement, par l’administration d’une drogue, ou naturellement, par l’activation des circuits de la récompense. Ces derniers sont liés au souvenir d’évènements agréables, stockés dans la mémoire du cortex associatif. Un son, une couleur, une odeur, peuvent déclencher, s’ils renvoient à un souvenir agréable, la sécrétion de dopamine qui provoque instantanément une sensation de bien être. Les publicitaires ont largement utilisé ces techniques pour amadouer le consommateur.

Le bonheur est plutôt une construction que l’on fait à posteriori à partir des souvenirs agréables auxquels on peut donner cohérence , et sens. Il serait donc, ce que je pense, lié à notre capacité à choisir, parmi nos souvenirs les plus agréables, ceux qui donnent un sens à notre vie, et à minimiser, voir gommer ceux qui desservent ce projet. En cela, le bonheur devient une aptitude à organiser sa mémoire en lui donnant une certaine orientation.

Bien que plaisir et bonheur évoluent sur des orbites bien différentes, rien n’empêche de nourrir son bonheur avec le souvenir d’un plaisir qui a contribué à donner du sens à notre existence.

Mariage et renoncement

10333851lpw-10334521-sommaire-philip-roth-jpg_4563496Non, les hommes ne savent rien, ou bien affectent de ne rien savoir, des aspects pénibles, voir tragiques, de ce qui les attend. Au mieux, ils se disent, stoïques : oui, je comprends que tôt ou tard il va me falloir renoncer au sexe dans mon couple, mais c’est pour connaître des plaisirs différents, supérieurs. Tout de même, est-ce qu’ils saisissent l’ampleur de leur renoncement ? Quand on vit chaste, sans sexe, comment supporter les défaites, les compromis, les frustrations de l’existence ? En faisant des enfants ? Ça aide, mais c’est loin de valoir la Chose. Parce que la chose a élu domicile dans ton être physique, dans la chair qui naît, la chair qui meurt. Parce que c’est seulement quand tu baises que tu prends ta revanche, ne serait-ce qu’un instant, sur tout ce que tu déteste et qui te tient en échec dans la vie. C’est là que tu es le plus purement vivant, le plus purement toi-même. Ce n’est pas le sexe qui corrompt l’homme, c’est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à  une friction, à un plaisir épidermique. C’est aussi une revanche sur la mort. Ne l’oublie pas, la mort. Ne l’oublie jamais.

Philippe Roth : La bête qui meurt – Folio – p 101-102

Il meurt lentement ( Pablo Neruda)

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.
Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.
Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l’habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements

ou qui ne parle jamais à un inconnu.
Il meurt lentement

celui qui évite la passion et son tourbillon d’émotions,

celles qui redonnent la lumière dans les yeux et réparent les cœurs blessés.
Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie, n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque toi aujourd’hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d’être heureux!