L’automne

L’automne

A la rentrée c’était l’automne.
Cartable neuf, chaussures cirées
Petit moineaux petit Daltons.
En rang par deux, fallait y aller.

 
Et blablabla disais l’instit’
Charlemagne et François premier
Le temps vraiment n’ passait pas vite
Jusqu’à l’annonce de la récrée.
 
Un sac de billes, trois carambars
T’es Guillaume Tell et moi Robin
Mais tu me dis si t’en as marre
Et c’est pas grave, t’es mon copain.
 
Sous l’arbre jaune pleuvait des feuilles
T’as vu c’qui tombe? c’est super beau!
Ah ouais dis donc il pleut des feuilles!
et des hélices d’hélicos.
 
Et puis les ombres s’allongeaient
Le vent soufflait un peu plus fort
Les dernières feuilles se décrochaient
On marchait sur un tapis d’or
 
 
A la sortie vers dixsept heures
C’était enfin l’heure des mamans
Pressées de serrer sur leur cœur
Leur petit prince de 6 ans
 
Les petits couples s’en allaient
Main dans la main, enfant et mère
Des deux c’est elle qui savait
Qu’après l’automne viendrait l’hiver
 
 

Diviser pour mieux régner

Dans Kaputt, roman écrit par Curzio Malaparte de 1941 à 1943, Franck, Général gouverneur de Pologne sous l’occupation nazi, s’exprime ainsi au sujet du peuple polonais :

«J’en viens au prolétariat. Les paysans s’enrichissent par le marché noir : je les laisse s’enrichir. Pourquoi ? Parce que le marché noir saigne la bourgeoisie et affame le prolétariat industriel, empêchant ainsi la formation d’un front unique des ouvriers et des paysans… Je laisse les nobles se ruiner au jeu, les bourgeois conspirer, les paysans s’enrichir, les techniciens et les ouvriers travailler».

Se maintenir au pouvoir en opposant les classes sociales entre elles n’est pas chose nouvelle. De nos jours, la classe ouvrière en France est réduite à sa portion congrue pour cause de désindustrialisation ou de délocalisation. Elle n’intéresse plus personne et son poids électoral est limité. Les paysans, entièrement dépendant des subventions européennes, sont considérés comme des pollueurs criminels par les travailleurs du secteur tertiaire. Les jeunes, exclus du monde du travail, s’opposent aux vieux, assis sur leur tas d’or acquis pendants les trente glorieuses. Les gens du privé s’opposent à ceux de la fonction publique, les automobilistes aux piétons, les chasseurs aux écolos, et la gauche, exclue des arcanes du pouvoir financier s’oppose sans projet crédible à une droite cynique et toute puissante. Pendant ce temps, la classe dirigeante, les vrais riches, les cooptés, les initiés, les animateurs de réseaux, engrangent les dividendes et font du gras sur le dos des pauvres administrés qui croient encore qu’il faut consommer pour exister. Enfin, cerise sur le gâteau, le développement des réseaux sociaux, dit horizontaux, entretient l’espoir qu’une démocratie directe est possible. Que néni, dormez braves gens. Aux moment des vrais choix, les décisions empruntent toujours un chemin vertical.

Les métamorphoses du noir – naissance d’une couleur

Symbolisant l’obscurité des ténèbres, le noir a longtemps eu en occident une connotation négative. Léonard de Vinci, dans son traité de peinture le définit comme une privation totale de lumière. Les peintres renaissants comme Le Caravage, Rembrandt et plus tard Georges de La Tour l’utilisent dans des clair obscur très contrastés pour obtenir des effets saisissants dans une symbolique d’opposition entre le bien et le mal. Au service d’une peinture descriptive, le noir est utilisé pour définir les volumes et les masses.

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Le Caravage – la vocation de St Mathieu – vers 1600
A partir de la deuxième moitié du XIXème siècle le développement de la photographie entraîne une révolution sur l’objet même de la peinture. Il n’est plus de décrire, mais d’exprimer une vision du monde. La peinture se débarrasse progressivement des contraintes techniques nécessaires à l’imitation de la nature. En 1890 Maurice Denis nous rappelle « qu’un tableau, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. »

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Rembrandt – La parabole de l’homme riche – 1628

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Georges de Latour – St Joseph Charpentier – vers 1640
 N’étant plus liée à des impératifs de représentation de la nature, le noir devient une couleur à part entière. En 1946, Henri Matisse affirme « l’emploi du noir comme couleur au même titre que les autres couleurs: jaune, bleu ou rouge, n’est pas chose nouvelle. Les Orientaux se sont servis du noir comme couleur, notamment les Japonais dans les estampes. Plus prés de nous, d’un certain tableau de Manet il me revient que le veston de velours noir du jeune homme au chapeau de paille est d’un noir franc et de lumière. »

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Henri Matisse – Intérieur avec rideau Égyptien -1 948
Oasis où se repose la rétine (le noir stimule très peu les cellules sensorielles réceptives aux stimulations lumineuses), le noir se comporte comme une surface de transition permettant de rebondir d’une couleur à une autre en participant au rythme de la composition. Ainsi, comme dans un orchestre où le triangle serait promu au rang de premier violon, le noir est invité à jouer une partition d’importance dans la peinture moderne.

Plus prés de nous, et toujours influencés par la peinture orientale, les peintres utilisent le noir sous forme de tache, porteuse d’énergie, dans des compositions monumentales.

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Frantz Klein

 

 

 

 

 

Pour Pierre Soulage elle devient porteuse de lumière, avec sa vibration propre.

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Pierre Soulage – 2012
Ainsi, le noir est sorti des ténèbres pour devenir lumière.