L’automne

L’automne

A la rentrée c’était l’automne.
Cartable neuf, chaussures cirées
Petit moineaux petit Daltons.
En rang par deux, fallait y aller.

 
Et blablabla disais l’instit’
Charlemagne et François premier
Le temps vraiment n’ passait pas vite
Jusqu’à l’annonce de la récrée.
 
Un sac de billes, trois carambars
T’es Guillaume Tell et moi Robin
Mais tu me dis si t’en as marre
Et c’est pas grave, t’es mon copain.
 
Sous l’arbre jaune pleuvait des feuilles
T’as vu c’qui tombe? c’est super beau!
Ah ouais dis donc il pleut des feuilles!
et des hélices d’hélicos.
 
Et puis les ombres s’allongeaient
Le vent soufflait un peu plus fort
Les dernières feuilles se décrochaient
On marchait sur un tapis d’or
 
 
A la sortie vers dixsept heures
C’était enfin l’heure des mamans
Pressées de serrer sur leur cœur
Leur petit prince de 6 ans
 
Les petits couples s’en allaient
Main dans la main, enfant et mère
Des deux c’est elle qui savait
Qu’après l’automne viendrait l’hiver
 
 

Ossip Mandelstam – Épigramme contre Staline – Le montagnard du Kremlin (1933)

Arrêté pour cette épigramme en 1934, le poète russe Ossip Mandelstam est d’abord exilé, puis déporté en 1938, après avoir été condamné à cinq ans de travaux forcés. Il y subit les pires humiliations, et meurt de faim et de froid pendant le voyage qui le conduit dans un camp de transit. Son corps est jeté dans une fosse commune.

Poème lu par Fanny Ardant – A voix nue – France Culture – le 28 octobre 2016.

Nous vivons sourds à la terre sous nos pieds,

À dix pas personne ne discerne nos paroles.

On entend seulement le montagnard du Kremlin,

Le bourreau et l’assassin de moujiks.

Ses doigts sont gras comme des vers,

Des mots de plomb tombent de ses lèvres.

Sa moustache de cafard nargue,

Et la peau de ses bottes luit.

Autour, une cohue de chefs aux cous de poulet,

Les sous-hommes zélés dont il joue.

Ils hennissent, miaulent, gémissent,

Lui seul tempête et désigne.

Comme des fers à cheval, il forge ses décrets,

Qu’il jette à la tête, à l’œil, à l’aine.

Chaque mise à mort est une fête,

Et vaste est l’appétit de l’Ossete.