La passagère du silence

« Je compare la vie d’un homme à la terrifiante beauté d’un bonsaï ou d’un vieux pin sur les récifs en bord de mer, qui a pris les plis du vent avec le temps. On le juge beau à l’automne de sa vie, mais quel sacrifice a-t-il du accepter pour pousser ainsi ?

S’il a connu un destin singulier, c’est que, dès sa tendre enfance, il a été éprouvé par les tempêtes, balloté par les vents, les intempéries de toutes sortes. Déraciné, transporté d’un milieu à un autre, subissants les affres d’acclimatations bizarres, il n’est plus jamais à l’aise ni dans un lieu ni dans un autre… il recherche alors, forcément, inlassablement, l’unité primordiale perdue.

Rien ne sert de régler ses comptes avec ses proches, ses amis, les institutions, une époque ; eux-mêmes sont devenus ce qu’ils sont par réaction aux forces brutales, aux persécutions reçues, et cela depuis la nuit des temps. »

Fabienne verdier – passagère du silence.

Le plaisir s’oppose t il au bonheur ?

La notion de plaisir se réfère avant tout à des mécanismes de biologie moléculaire. La dopamine en est le principal neuromédiateur. Sa sécrétion peut être déclenché artificiellement, par l’administration d’une drogue, ou naturellement, par l’activation des circuits de la récompense. Ces derniers sont liés au souvenir d’évènements agréables, stockés dans la mémoire du cortex associatif. Un son, une couleur, une odeur, peuvent déclencher, s’ils renvoient à un souvenir agréable, la sécrétion de dopamine qui provoque instantanément une sensation de bien être. Les publicitaires ont largement utilisé ces techniques pour amadouer le consommateur.

Le bonheur est plutôt une construction que l’on fait à posteriori à partir des souvenirs agréables auxquels on peut donner cohérence , et sens. Il serait donc, ce que je pense, lié à notre capacité à choisir, parmi nos souvenirs les plus agréables, ceux qui donnent un sens à notre vie, et à minimiser, voir gommer ceux qui desservent ce projet. En cela, le bonheur devient une aptitude à organiser sa mémoire en lui donnant une certaine orientation.

Bien que plaisir et bonheur évoluent sur des orbites bien différentes, rien n’empêche de nourrir son bonheur avec le souvenir d’un plaisir qui a contribué à donner du sens à notre existence.