La trace

En bas de  l’immeuble, les ouvriers venaient de terminer les travaux de terrassement d’une borne d’incendie. L’endroit était désert et je m’approchais du chantier en enjambant les barrières de protection.

Je soulevais un coin de la bâche plastifiée. Devant moi la surface de ciment frais, parfaitement lisse, luisait. J’y enfonçais mon pouce et observais longuement la petite cuvette que constituait l’empreinte. Cette marque était la mienne. Je faisais désormais parti de ce lieu à jamais. Le jour déclinait. C’était déjà l’automne. J’avais douze ans. Petit Poucet urbain déposant son premier caillou, je ne savais pas que la route serait si longue. J’ai renouvelé l’expérience, en d’autres lieux de la ville. Il fallait que la signature reste discrète, presque invisible, comme la marque du poinçon sur l’or. Paris doit encore conserver certaines de ces traces, recouvertes de mousses ou de lichen, minuscule linceul végétal. Combien sont elles ? Où sont elles ?. J’ai tout oublié.

On n’a pas toujours de cailloux dans la poche. La vie nous emmène si vite et si loin de nous que bien des souvenirs finissent par se perdre dans les brumes.

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